Il n'y a pas de jeux sans règles...
Son regard est ironique, léger comme une plume à la dioxine.
Son travail est un monde composé de rires en boîte, de stroboscopes bricolés et de phrases toutes faites.
Son atelier pourrait ressembler à un Monopoly géant : notices pour des objets qui n’existent pas, gestes du quotidien sans notices, podium montable où les anonymes peuvent enfin être les premiers d’un jeu inconnu...
Sandy Avignon, c'est Alice au pays des merveilles qui a trouvé la télécommande de la télévision, de l’autre côté du miroir.
Vincent De Florio
Tout en ironie, en jeu d’échelle et de décalage, le travail de Sandy Avignon trouve racine dans le cynisme et la dérision.
A partir d’éléments du réel, l’artiste construit un univers emprunt d’humour à travers une pratique artistique multiforme qui inclut la sculpture, le dessin et l’installation.
Dans cet univers, les logiques sont manipulées et les règles perturbées. L’artiste instaure une distance critique avec notre société actuelle et se joue des contraintes du quotidien. Ses objets-sculptures revêtent dès lors des fonctions hors normes, inattendues, loin de leur utilité première.
Il s’agit notamment de donner l’illusion d’assister le corps pour mieux le contraindre, le diriger, l’empêcher d’avancer, ou au contraire l’obliger à avancer, le catapulter. Les pièces apparaissent comme des solutions qui nous libèrent de nos contraintes. Un mètre de couturière élastique rend le tour de taille futile (
mètre élastique). Un podium transportable et multi fonctionnel permet à tout un chacun de s’auto-valoriser, de se montrer (
multi podium). Cette réflexion sur la quête de visibilité porte également sur la condition de l’artiste dans l’art contemporain. Elle tente entre autre de trouver des moyens singuliers de forcer le passage. Ses cartes de visite se transforment en projectiles (
flyers), outils de révolte et de libération, pour s’imposer dans un environnement hostile.
Dans ce monde à part, il s’agit aussi de défier et de contrecarrer l’autorité en place et de composer avec la rigueur et la discipline ambiante. Un sifflet dont l’échelle a été agrandie sonne comme un rappel à l’ordre (
sans titre). Des fiches horaires, pointage systématique, témoignent d’une performance réalisée et révèlent paradoxalement la relation singulière de l’artiste à son travail (
jouer le jeu). Cette même performance, consistant à réaliser un puzzle aux pièces quasi-identiques, enferme volontairement l’artiste dans une création mécanique où le jeu devient travail et le loisir labeur. Sandy Avignon se plait à pervertir l’activité artistique en modèle de travail aliénant. Certaines de ses actions paraissent dénuées de sens, allant à l’encontre de la création (
wallpaper,
upgrade), faisant résonnances à un quotidien teinté de mélancolie. En se lançant des défis et s’auto infligeant des tâches laborieuses, son travail témoigne que «l’Art est l’un des rares moyens de ne pas dépérir».
Les objets mutent pour devenir autres et les règles sont perverties. Sandy Avignon opère un travail de dénonciation, incite à la révolte, ouvre un terrain à la projection. D’une apparence ludique, l’activation de ses pièces est peu probable, elles agissent avant tout comme des propulseurs d’imagination.
A travers des propositions où les logiques de fonctionnement sont poussées à l’extrême, l’artiste contrarie les règles et les codes qui conditionnent et façonnent nos existences. Il s’agit de déstabiliser un monde parfaitement calibré, aseptisé qui laisse peu de place à l’oisiveté et à l’erreur mais où la compétition reste reine. Derrière une logique absurde, le travail de Sandy Avignon révèle une acidité cachée, comparable à un bonbon acidulé. Méfiez-vous des apparences.
M. Loridan